Or les médias semblent tendre de plus en plus vers le consensus, voir l'occultation; la non information est aussi dangereuse pour la démocratie que la désinformation. La pensée unique menacerait elle? Oui, mais pas dans le sens sous lequel elle fut dénoncée au cours de sa campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy, simple anticipation de ce qu'on pourrait à juste titre lui reprocher plus tard. Quand Sarkozy parlait de pensée unique, il luttait contre ce que prônait Renaud Lambert, c'est à dire une subjectivité honnête. S. dénonçait ce qu'il voit comme un style, mais qui est en fait le professionnalisme du monde journalistique. Sarkozy semble avoir institutionalisé l'amateurisme politique; larmoyer au lieu d'informer en toute conscience, faire du fait divers la justification d'une politique déraisonnée et surtout débarassée de tout caractère social réel. Ne pas être honnête en définitive. Jouer du moralisme.
La pensée unique à combattre réside dans la concentration des pouvoirs économiques, politiques et médiatiques. Un processus qui s'est accéléré; jamais un président de la république française n'avait décidé quels journalistes l'interviewraient, c'est désormais chose faite.
La future suppression de la publicité sur le service public doit inciter à la vigilance. Parce que les médias peuvent s'en trouver désarmés et qu'ils auront toujours besoin de moyens pour survivre et assurer d'une certaine diversité de points de vue.
Acrimed, observatoire des médias, lutte pour ce journalisme honnête, mais aussi pour que le journalisme reste professionnel. Pour que l'information reste de l'information. Et pour qu'on puisse continuer à choisir et à penser de notre propre chef. Pour que la liberté soit, en somme.
Chaque jour, on nous parle d'utilité. Or la définition d'utilité du pouvoir en place n'est pas forcément universelle. L'ouverture passe aussi par l'intellect, le développement de soi et la curiosité. Ainsi l'art plastique n'est pas utile aux yeux du gouvernement, simplement parce qu'il est difficile d'établir un lien direct entre la matière et l'entrée dans une profession. Réduire sa réflexion à rentabilité et efficacité, c'est oublier que la fin du libéralisme économique est le libéralisme politique.
Imposer des définitions revient à imposer un point de vue. Son propre point de vue.
Une simplification qui signifie simplisme.
Un unilatéralisme qui n'aboutira qu'à vider le monde de sa diversité et de sa richesse.