Seulement, une minorité à la conception particulière de démocratie a décidé que tous les élèves de l'université (ici Lyon II) voulaient voir leur fac fermée par leurs soins.
Oui, on peut être à la fois contre le blocage et contre la loi. Mais une assimilation directe s'installe entre anti-blocage et pro-loi Pécresse.
Or le débat ne porte même plus sur une loi, mais sur les instruments de lutte. Les bloqueurs et anti-bloqueurs divergent avant tout sur les moyens employés, sans nier qu'il existe une opposition et un appui au sujet de la loi Pécresse au sein des anti-bloqueurs. De plus, de tels moyens décrédibilisent tout mouvement protestataire.
Quant on demande un vote à bulletin secret, on nous assène que celui ci n'est qu'une vaste illusion et que la démocratie, la vraie, passe elle par le débat. Pour ce dernier point, on s'accorde; débattons.
Malheureusement, la conception du débat suit là aussi une définition assez étrange... Cadre: Assemblée générale. Respect d'une ligne "idéologique" stricte, vote à main levée, interventions choisies. Une seule position peut s'exprimer, celle du blocage. Tout autre opinion s'expose aux "bouh", "t'es de droite" (la version soft), "facho"... Le débat devrait pourtant être une démarche constructive à partir de la confrontation d'idées différentes et par là, semblerait-il, l'occasion de la participation de tous.
D'ailleurs, la participation de tous pose aussi problème; un des arguments "fort" du blocage est "ceux qui ne sont pas d'accord n'ont qu'à venir aux AG, ceux qui n'y sont pas n'ont pas d'avis (version soft là aussi)". Ce postulat exprime clairement que l'opinion de tous ne peut être prise en compte; il existe un bon avis et un mauvais. Les bloqueurs semble détenir la compétence politique et par extension la légimité du monopole de l'autorité. Comment peut on prétendre se battre contre une élite quand on se constitue comme telle?
Un aveu à demi mot; "Hitler a été élu démocratiquement". Cela voudrait-il dire que donner le pouvoir à une poignée est plus démocratique que la démocratie elle-même?
Comme précisé ci dessus, s'exprimer quand on est pas d'accord relève du parcours du combattant. Etape 1: Ne pas céder à l'auto-censure. Etape 2: Accéder à la tribune. Etape 3: Arriver à finir une phrase, ettouffée au bout de deux mots par les huées et les sifflets. Autant d'étapes qui font que beaucoup ne sont même pas venus aux AG, et que d'autres, présents, n'ont pu franchir une de ces barrières.
Débattre demande de dialoguer, ce qui ne passe certainement pas par la censure ou l'insulte, ni par un mode ultra-réactionnaire devant des avis différents. On a le droit de ne pas être d'accord; une évidence qu'il semble utile de rappeler.
Une situation singulière; on pourrait assimiler le mouvement de blocage à une sorte de grève. Or une grève est faite pour gêner l'économie, montrer combien on est indispensable à la bonne marche de la croissance, et de fait valoriser cette participation. Un drôle de mode protestataire en définitive; se punir soit même, et seulement soit-même. Le blocage porte des conséquences individuelles, rater une année au risque de se décourager et de ne pas poursuivre ses études, et donc subies pour une majorité qui n'ont pu décider de leur propre avenir.