Partager l'article ! De l'art de la réforme. Crise financière et service public: Il faut réformer devant la crise, entend-on du petit matin au sombres heures de la ...
Il faut réformer devant la crise, entend-on du petit matin au sombres heures de la nuit.
Qu'est-ce que réformer? La réponse à cette question semble être rhétorique, tant on oublie de l'aborder. De toute la campagne présidentielle, elle est pourtant le coeur du débat. Pour réformer, notre outil est la réforme. Si on se fie au sens du mot, on imagine partir donc de mesures préexistantes, d'un état de fait pour le changer, l'améliorer espère-t-on.
Tout au long de son mandat, le candidat non déclaré Sarkozy nous a montré sa conception de la réforme, qui consiste à s'agiter et légiférer au mépris des règles préexistantes, d'une part parce que la réforme se construit ici souvent sur un cas, un fait divers de préférence, et ensuite parce que les réformes ne semblent pas connaître l'environnement législatif dans lequel elle naissent. Bien de nouvelles lois apparaissent sans abroger ou modifier les précédentes, particules indépendantes qui laissent un flou juridique dont on ose espérer que les exécuteurs exploiteront pour mener une politique sociale de justice. Le paragraphe qui vient d'être écrit contient trois notions qui ne devraient pas se trouver côte à côté: celles d'exécutif, de législatif, et de juridique. Le b.a.-ba du concept de la démocratie est la séparation de ces trois pouvoirs. La constitution de notre république étant ignorée ces jours-ci dans l'exercice du pouvoir, une seule et même personne contrôle exécutif, législatif et juridique. Exemple: partons d'un fait divers, une personne a été assassinée. Notre président - monsieur exécutif en principe- se replonge dans ses souvenirs de l'unique plaidoirie d'avocat qu'il a soutenue, et va légiférer dans le domaine juridique, assurant d'une part qu'il aura défini le cadre -pouvoir législatif qui revient à l'Assemblée Nationale-, l'application de cadre et le contrôle de la régularité de ce cadre. Non content de préciser qu'il veillera lui-même au respect des mesures prises au prochain cas de fait divers, et de fait de préciser qu'il fera pression sur des juges qui ne dépendent point de lui mais du pouvoir juridique, sans compter que la loi s'applique à un cas et ne tient compte du cas par cas. Réformer tient donc d'une démarche, a priori encadrée. Or, peut-on parler de réformer sans suivre la règle démocratique et encore moins une once de bon sens?
Pourquoi réformer? Là se trouve l'autre question aux apparences rhétoriques. Il faut réformer nous dit-on, mais jamais dans quel but. Nous sommes face à une crise financière, effondrement d'un système financier qui prône libre marché à l'auto-régulation qui visiblement ne fonctionne pas. Retrouver la confiance d'un système financier non viable qui va à sa perte. Le triple A s'en est allé, et la réponse est d'appliquer des politiques de rigueur. Keynes vous dirait que rigueur ne rime guerre avec consommation, pas de consommation dit pas de revenus. Mais surtout, la rigueur passe par une entrave aux dépenses publiques et de fait au service publique. La rigueur se fait doublement ressentir, en terme de pouvoir d'achat individuel mais surtout en terme de prestations sociales, dont la valeur est largement supérieure au pouvoir d'achat perdu. Une pilule journalière pour le traitement de certains cancers coûte 1000 euros pièce. Au mieux de votre santé financière, vous ne pourriez pas supporter le coût d'un tel ennui de santé. 31 000 euros par mois, alors que cette somme est déjà un très bon revenu annuel. Les services publics sont une condition à la vie humaine dans le cas le plus extrême. Doit-on alors raisonner uniquement en coûts? Les hôpitaux n'ont cessé de pointer du doigt le manque et la diminution de leurs moyens. Pas assez de personnel soignant, pas assez d'investissements technologiques, une recherche en mal de subventions. Comment justifier alors les cadeaux fiscaux qui représentent ces coupures budgétaires? C'est ce qu'on appelle l'équilibre du budget. Or l'équilibre est ailleurs. Sur les cinq dernières années, le budget a d'ailleurs fait preuve d'un déséquilibre criant, la dette de la France a augmenté, et on a perdu de nombreux acquis sociaux. Si on convertit ce budget en valeur sociale ou autre indicateur de richesse, on s'aperçoit que les euros perdus sont bien peu à côté de la perte du capital et des possibilités réelles d'un service public. Réformer doit servir à garantir un minimum d'équité et de justice sociale. Une vision à long terme et une réflexion sur les conséquences de la répartition du budget aiderait.
Savoir comment réformer naît du pourquoi.